Présentation


J'ai créé ce blog à l'occasion de la sortie de mon livre "Les Indispensables mathématiques et physiques pour tous", Odile Jacob, avril 2006 (achat en ligne) (sommaire du livre)
Je développe dans ce blog des notions de mathématiques et de physique à destination du plus large public possible, en essayant de susciter questions et discussion: n'hésitez pas à laisser vos commentaires!
Vous pouvez être aussi intéressés à mon second livre, "Einstein, un siècle contre lui", Odile Jacob, octobre 2007, livre d'histoire des sciences (voir billet sur ce blog)

Einstein, un siècle contre lui

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Samedi 10 mai 2008
Cuisiner, c'est faire de la science ! Si Hervé Thys nous a maintenant habitués à la chimie (l'alchimie ?) des aliments, la physique des fourneaux a elle aussi son rôle ! Outil important pour la bonne chère, les différentes plaques de cuisson font intervenir trois phénomènes physiques différents :

1) la conduction thermique, entre deux surfaces en contact (la plaque et la casserole) est le premier procédé, historique, depuis l'ancienne cuisinière aux plaques de fonte jusqu'aux premières « plaques électriques » métalliques. La plaque de fonte (fer allié à 4% de carbone) est conductrice, on lui imprime un courant i, elle s'échauffe par effet Joule Ri², transmet sa chaleur à la casserole par effet de conduction (équilibrage des températures)


2) le rayonnement infrarouge de chaleur est à l'œuvre dans les plaques vitrocéramiques de première génération, dits panneaux radiants. Des bobines métalliques sous la plaque sont portées à incandescence (comme un filament d'ampoule électrique) ; le métal incandescent chauffe la plaque et donc le fond de la casserole par conduction, mais le métal émet la grande partie de la chaleur par rayonnement infrarouge (d'où le nom parfois donné de plaques infrarouges). Le verre de la plaque laisse passer le rayonnement infrarouge. Dans la variété « plaque halogène » de ce type de plaque (figure en bas gauche), seul le rayonnement infrarouge est à l'œuvre.

3) L'induction électromagnétique est à l'œuvre dans les plaques vitrocéramiques de seconde génération, dites plaques à induction. Sous la plaque, des bobines sont parcourues par des courants de haute fréquence (25 à 50 000 Hz à comparer aux 50 Hz fournis à la prise de courant), produisant un champ magnétique très variable en intensité. Par induction (conducteur mobile dans champ magnétique fixe, ou conducteur fixe dans champ magnétique variable, ce qui est le cas ici), ces champs magnétiques variables créent des courants induits dans le fond de la casserole, qui par effet Joule Ri² s'échauffe. Le fonds de la casserole doit être assez épais et surtout sensible au champ magnétique, fait dans un métal dit « ferromagnétique ». A noter qu'il n'y a pas d'échauffement de la plaque par le système, elle est simplement chauffée par la casserole elle-même par conduction (à l'inverse du premier procédé, c'est la casserole qui échauffe la plaque) .

Quelques tests :
1) la rayonnement infrarouge traverse le verre de la plaque. Prenez votre télécommande de télé et actionnez-la depuis votre jardin à travers la vitre.
2) Un métal ferromagnétique attire l'aimant ; quand vous avez acheté une plaque à induction, vous n'avez pu garder vos casseroles en aluminium, cuivre, verre. Testez le fond de vos casseroles avec le pin's de votre frigidaire pour savoir si elles peuvent aller sur la plaque à induction.


Maintenant, tout çà c'est bien beau, mais certaines cuisinier(e)s vous diront qu'on fait de la meilleure cuisine différemment suivants ces procédés . C'est encore de la physique, mais c'est aussi du savoir-faire. Si vous en avez sur ce sujet, à vos commentaires !

Mardi 22 avril 2008
Si vous êtes à Paris ou y passez, allez voir, jusqu’au 18 mai, l’exposition Sorbonne-plage à la BnF site de la rue de Richelieu (Paris II°). Dans la crypte, cette exposition ramassée mais dense vous fait voyager dans une péninsule des Côtes d’Armor, l’Arcouest. C’est là que, vers 1890, installèrent leur villégiature d’été un certain nombre d’intellectuels parisiens : Charles Seignobos, professeur de philosophie à la Sorbonne, Jean Perrin, son fils – physicien aussi – Francis Perrin, Marie Curie – sa fille Irène et son gendre Frédéric Joliot. L’exposition ne nous narre pas que les barbotages de ces grands scientifiques (la densité de prix Nobel au m² de rocher breton était grande !) : elle explique comment tous étaient liés par le dreyfusisme, par l’organisation de la recherche publique (la création du CNRS au début des années 1930, alors que dans les années 1910 encore Marie Curie devait chercher des fonds privés pour s’acheter du radium pour ses expériences), par l’aventure du Palais de la Découverte (Jean Perrin en tête, qui l’inaugure en 1937)… Des photos de Paris-Match l’été où les people étaient… ces scientifiques à Sorbonne-Plage (aussi surnommée Fort-la-Science par la presse). Une belle exposition, prenante, nous rapprochant de la vie de ces savants et … gratuite. A côté, une exposition très nombriliste où je n’ai pas accroché (il y avait beaucoup plus de monde !), l’installation de Sophie Calle. Si vous allez à la BnF Richelieu pour cette expo-là, descendez voir aussi "Sorbonne-Plage" à la crypte ! Ah oui, aussi, ne ratez pas la vidéo en descendant, vous y verrez la tradition perpétuée par les fillots et arrière-fillots, souvent physiciens eux aussi (comme Hélène Langevin-Joliot) dansant la gigue bretonne sur un air de biniou !
Jeudi 17 avril 2008
La fluorescence, découverte par Edmond Becquerel (1820-1891), sert à détecter les faux billets, le saviez-vous ?

Le billet de banque est fabriqué avec des pigments fluorescents : lors d'un éclairage par lampe ultraviolette (on voit ces détecteurs dans de nombreux magasins), certains motifs, non visibles à la lumière du jour, apparaissent par fluorescence. Rappelons que la fluorescence (chapitre 17 de mon livre, où je mentionne l'application « gilets de sécurité ») est la faculté qu'ont certains matériaux et pigments naturels de réémettre en lumière visible une lumière absorbée en non visible (ultraviolet).





Ainsi, sur ce document (extrait du manuel de formation de la Banque centrale européenne), sous la lampe ultraviolette du détecteur, apparaissent: des fibres incorporées qui ressortent en rouge, bleu, vert ; à gauche au recto,  le drapeau bleu à étoiles jaunes devient vert à étoiles oranges, la signature devient verte, les étoiles à peine visibles deviennent vives ; à droite au verso, le chiffre de valeur et le pont (il y a un pont au verso de tous les billets en euros, je l'apprends !) ressortent en vert.

C'est beau la science du XIX° s appliquée aux outils du XX° ?

Image des billets en euros sous le détecteur à lumière ultraviolette

par Alexandre Moatti publié dans : Le saviez-vous?
Jeudi 10 avril 2008
Lors d'un récent colloque, l'animateur Philippe Lazar a eu une belle phrase à propos de la science, ou de la connaissance en général :

 « La connaissance est un ouvert, au sens mathématique du terme ».

Les férus de mathématiques et de topologie apprécieront cette image dans sa globalité, celle d'un ouvert en dimension quelconque. On peut aussi se donner une représentation en dimension 1 de l'ouvert, celle de l'intervalle à bornes ouvertes ].....[ (par exemple ] 0,1 [ qui contient tous les nombres réels entre 0 et 1, sauf justement les bornes 0 et 1).
A travers cette image, qui je trouve s'applique particulièrement bien à la physique de l'univers, l'orateur proposait un certain nombre de messages, comme :
  • — On n'a jamais fini d'apprendre.
  • — La science, même si elle s'approche toujours plus près de la vérité, aura néanmoins toujours une marge de progrès supplémentaire.
D'autres interprétations possibles ? Laissez-les en commentaires si la phrase vous inspire.

Dimanche 23 mars 2008
Diagonale-fractale.JPGOn prend un carré de côté 1, et on décompose ses côtés en n segments égaux, donc un quadrillage de n² petits carrés qu'on va densifier. On trace la courbe violette qui part, comme la diagonale, d'en bas à gauche pour aller en haut à droite, mais en suivant des marches d'escalier comme indiqué.
La longueur de la courbe violette est toujours 2, puisque ses éléments verticaux se superposent au côté vertical de longueur 1, et ses éléments horizontaux se superposent au côté horizontal de longueur 1.
Quelle que soit la valeur de n (par exemple si l'on décompose en deux à chaque fois, n= 2 puissance p), la surface comprise entre la courbe violette et la diagonale se compose de 2n triangles de côté 1/2n donc de surface 1/8n². Cette surface vaut 2n x 1/8n² = 1/4n elle tend vers 0 quand on fait croître n : la courbe violette se rapproche de la diagonale. On a donc une courbe de longueur 2 qui tend vers une courbe de longueur √2, longueur de la diagonale. Soit ce paradoxe qui nous ferait dire 2 = √2.


J'aime bien une première explication avec les fractales. La courbe composée des petits triangles est de périmètre constant égal à 2 et délimitant une surface (comprise entre la courbe et la diagonale) nulle à l'infini (1/4n). C'est une fractale de dimension inférieure à 1, une « poussière de points (ou poussière de Cantor) » (pour ceux qui connaissent les dimensions fractales, voir mon livre chapitre XXI, on a P = facteur de similarité = 2, Q = facteur d'homothétie = 4, Dimension= LogP/LogQ= ½). Dans le flocon fractal, on « crée de la matière » (dimension fractale comprise entre 1 et 2) ; dans les poussières de points, on « évide de la matière » (dimension fractale comprise entre 0 et 1) ; mais cette poussière de points reste non dénombrable, ce qui explique qu'en fait « 2 n'est pas égal à √2 ».

J'ai trouvé une autre explication dans Albert Jacquard, L'équation du nénuphar : il invoque aussi Cantor pour indiquer que le nombre de tournants de la courbe violette tend vers l'infini des nombres entiers (aleph 0), alors que la diagonale représente l'infini des nombres réels (aleph 1) : ces deux infinis sont différents, donc « 2 n'est pas égal à √2 ».

Ces deux explications ne sont pas contradictoires, si vous avez vous-même d'autres idées d'interprétation, n'hésitez pas à nous en faire part en commentaires !

 
 
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