Partager l'article ! Alexie (impossibilité de lire): Je ne parle pas souvent de livres dans ce blog, mais ai décidé de parler d’un livre de biologie en ouvrant u ...
Avril 2009, pour l'Année mondiale de l'Astronomie, sortie de mon livre "Les Indispensables astronomiques et astrophysiques pour tous" (éditions Odile Jacob). Comme mon premier livre
(2006, colonne de gauche ci-contre), c'est un livre de notions de base illustrées avec des exemples concrets, s'appuyant sur les mathématiques (géométrie notamment) pour l'astronomie, et sur la physique pour
l'astrophysique.
Je ne parle pas souvent de livres dans ce blog, mais ai décidé de parler d’un livre de biologie en ouvrant une rubrique de biologie – il faut innover dans un blog. Pour la première fois j’ai terminé un livre de biologie, ce qui pour moi comme pour d’autres formés intensément aux maths et à la physique est une prouesse… Il s’agit de l’ouvrage L’Homme-Thermomètre, de Laurent Cohen (Odile Jacob 2003). À travers l’étude d’un cas clinique d’alexie pure (impossibilité de lire), cet ouvrage nous emmène à la découverte de la zone cérébrale de la lecture, jusqu’à la « zone de la forme du mot » (pour les zones cérébrales du langage, différentes, on pourra lire l’article BibNum de Roland Bauchot sur Broca, cf. blog). J’y ai découvert de nombreux points intéressants voire étonnants, en voici un échantillon, en vrac :
1°) l’homme, le chien, le tigre ont les yeux placés côte à côte, avec à peu près le même champ visuel (quand vous fermez un œil, seul un croissant visuel extrême vous échappe). En revanche le lapin, la chèvre ont leurs yeux sur le côté : l’œil droit voit à droite, l’œil gauche à gauche. Il se pourrait que ce soit un effet de la sélection naturelle : les animaux proies ont les yeux sur le côté pour repérer l’attaque d’où qu’elle vienne, les animaux prédateurs ont les yeux devant pour mieux ajuster leur poursuite et leurs bonds.
La zone V1 est la zone primaire d'arrivée de la sensation visuelle, sur les deux hémisphères, dans la zone occipitale (nuque).
2°) la « zone de la forme du mot » est activée par des faux mots qui pourraient être vrais, comme CHIGNADOURLE, elle l’est beaucoup moins par des chaînes imprononçables comme FRDTJLP.
3°) l’alexie pure est la lésion de la « zone de la forme du
mot » (et de celle-là seulement, ce qui est intéressant cliniquement mais assez rare), par exemple suite à un accident vasculaire cérébral (AVC). Parmi les symptômes, par exemple, le patient
ne peut lire le mot MONDE, mais peut le reconnaître quand on lui présente le journal Le Monde. Il peut aussi y avoir alexie sans agraphie, le patient sait écrire mais non lire, y compris
les mots qu'il vient d'écrire.
4°) une rééducation de l’alexie pure est fort possible, le patient arrivant à suivre mentalement la forme des lettres et à lire vite. Mais, la zone de la forme du mot restant endommagée, cette lecture post-rééducation se trahit par un temps de lecture proportionnel à la longueur du mot. Car chez le lecteur « normal », le temps de lecture (jusqu’à huit lettres) n’est pas proportionnel à la longueur du mot. L’enfant qui apprend à lire déchiffre et sa durée de lecture est proportionnelle à la longueur des mots, mais l’enfant qui sait lire ou l’adulte identifie en parallèle toutes les lettres du mot, grâce à la « zone de la forme du mot ». Ce n’est plus vrai quand le mot revêt une graphie particulière, comme une aLtErNaNcE de majuscules et de minuscules, auquel cas le temps de lecture redevient proportionnel à la longueur.
5°) enfin, last but not least, il existe, je le savais, des patients non conscients d’être paralysés du côté gauche (le médecin leur présente leur propre main gauche, ils disent « je vais vous casser les doigts »). Examinons maintenant les zones visuelles. Vous êtes normal, vous ne voyez pas derrière votre tête, mais vous n’avez pas l’impression qu’il y a du noir aux confins de votre champ de vision – votre système visuel ne possède simplement aucune représentation de ce qui est derrière vous. Il pourrait en être ainsi de certains patients ayant perdu la moitié de leur champ visuel (à gauche par exemple) et qui n’en sont pas conscients. Et aussi de certains patients entièrement aveugles sans en être conscients (patients anosognosiques).
Mon dernier ouvrage est sorti le 14 octobre 2010 : Récréations mathéphysiques (éditions Le Pommier) (détails sur ce blog)
J'ai aussi un thème de recherche, l'alterscience, faisant l'objet d'un cours que j'ai professé à l'EHESS en
2008-2009 et 2009-2010. Il était en
partie fondé sur mon second livre, "Einstein, un siècle contre lui", Odile Jacob, octobre 2007, livre d'histoire des sciences (voir billet sur ce blog, et notamment ses savoureux commentaires).
Ils sont surtout devenus psychotiques j'ai l'impression
Sur la lecture et l'alexie, il y a un autre excellent bouquin de Stanislas Dehaene (il bosse souvent avec Laurent Cohen): "les neurones de la lecture", inspiré de ses cours au Collège de France, librement podcastables librement sur le site. J'avais écrit un billet (ici)sur les trucs incroyables qu'il démontre à ce sujet...
Comment peut-on ne pas être conscient qu'on est aveugle??? on doit bien se poser des questions quand on s'apperçoit qu'on voit rien!
« …l’homme, le chien, le tigre ont les yeux placés côte à côte, avec à peu près le même champ visuel (quand vous fermez un œil, seul un croissant visuel extrême vous échappe). En revanche le lapin, la chèvre ont leurs yeux sur le côté : l’œil droit voit à droite, l’œil gauche à gauche. Il se pourrait que ce soit un effet de la sélection naturelle : les animaux proies ont les yeux sur le côté pour repérer l’attaque d’où qu’elle vienne, les animaux prédateurs ont les yeux devant pour mieux ajuster leur poursuite et leurs bonds. » Cette formulation avec par deux fois l’emploi de la préposition pour introduisant une infinitive de but ressortit donc typiquement, clairement à une conception téléologique de la nature; elle suggère l’existence préalable d’une volonté extérieure plaçant, ou créant les yeux des animaux en fonction de leur statut proie ou prédateur. Cette suggestion se trouve renforcée par l’hypothèse il se pourrait que (test – rien que pour voir : nions et rejetons cette hypothèse et remplaçons la par une formulation ad hoc : « non, ce n’est nullement l’effet de la sélection naturelle… » Je vous laisse choisir seul à quoi ou à qui cet effet pourrait alors être dû. Moi, je ne vois pas ! J). Nous nageons manifestement en plein délire créationniste, non ?
Merci d'être si attentif à un des quatre points, pas le plus crucial, de ce qui n'est qu'un compte-rendu de lecture du livre d'un neurologue, Cohen, qui n'est pas un spécialiste de la théorie de l'évolution. Je vais revoir son ouvrage puis lui poserai la question, je verrai s'il répond. Votre analyse grammaticale tourne à la surinterprétation scientifique. Dans le conditionnel que vous relevez, il n'y a absolument pas l'intention que vous mettez. Je pense plutôt qu'il s'agit de trouver le bon vocabulaire de vulgarisation, comme souvent. Un peu de discernement, SVP : si vous souhaitez des sites où "on nage en plein créationnisme", je peux vous en trouver, ayant pas mal étudié le créationnisme en astronomie. A.M.
Merci de votre réponse si rapide. Je pense que vous avez raison et apparemment, vous êtes bien le dernier qu'on pourrait soupçonner du péché de créationnisme... Mais j'avoue que je me suis un peu amusé à faire le méchant qui se frotte les mains à l’idée de prendre une « proie » en flagrant délit
: Il se trouve que je suis actuellement plongé dans l’ouvrage collectif édité sous la direction et avec la collaboration de
Guillaume Lecointre (peut-être un confrère ?) intitulé Guide critique de l’Evolution. On pourrait presque affirmer que toute la première partie de l’ouvrage ne vise qu’à enseigner
au lecteur à débusquer le créationnisme partout où il se terre affublé de ses oripaux pseudo-scientifiques… Considérez-vous alors, Cher Monsieur Moatti, comme l’innocente
victime indirecte de Monsieur Lecointre
...
Merci de cette référence; travaillant sur ce sujet, je me suis procuré l'ouvrage en bibliothèque. A.M.