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CouvPocheIndispensables
J'ai créé ce blog lors de la sortie de mon livre "Les Indispensables mathématiques et physiques pour tous", Odile Jacob, avril 2006 ; livre republié en poche en octobre 2011 (achat en ligne) (sommaire du livre).
Je développe dans ce blog des notions de mathématiques et de physique à destination du plus large public possible, en essayant de susciter questions et discussion: n'hésitez pas à laisser vos commentaires!

Indispensables astronomiques

Avril 2009, pour l'Année mondiale de l'Astronomie, sortie de mon livre "Les Indispensables astronomiques et astrophysiques pour tous" (éditions Odile Jacob). Comme mon premier livre (2006, colonne de gauche ci-contre), c'est un livre de notions de base illustrées avec des exemples concrets, s'appuyant sur les mathématiques (géométrie notamment) pour l'astronomie, et sur la physique pour l'astrophysique.

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Dimanche 20 mars 2011 7 20 /03 /Mars /2011 14:48

L’École polytechnique a eu la bonne idée d’organiser jeudi 17 et vendredi 18 mars un colloque en l’honneur de Benoît Mandelbrot (1924-2010, X1944). J’ai participé à la matinée du vendredi, et en avais profité pour me racheter la veille son livre Les objets fractals (première édition 1975) dans l’excellente collection de poche Champs Flammarion de livres scientifiques de référence. Quelques idées en vrac à la suite de ces lecture et conférence, dans un article un peu plus long que de coutume.

 mandelbrot_colloque.jpg

Le livre de Mandelbrot n’est pas facile (pour une introduction plus facile aux fractales, je conseille Universalités et Fractales de B. Sapoval, toujours dans la même collection) – mais les chapitres 1 (Introduction), 14 (lexique de néologismes) et 15 (repères biographiques) sont passionnants du point de vue de l’épistémologie et de l’histoire des sciences. La partie mathématique est fondée sur la notion de dimension, dimension fractale évidemment – c’est LA manière d’aborder les fractales (ce que j’ai fait dans le chapitre 20 de mon premier ouvrage), par la DIMENSION comprise entre 1 et 2 (courbes fractales, de périmètre infini et délimitant une surface finie), entre 0 et 1 (poussières de Cantor), voire entre 2 et 3.

 

Pourquoi le terme de dimension fractale et non fractionnaire ? Mandelbrot explique : il existe des fractales de dimension 1 ou 2, et aussi des fractales de dimension π/2 – le terme « fractionnaire » faisant plutôt référence à un rationnel (pas à un entier ni à un irrationnel) ne convenait donc pas.

 

Du point de vue histoire des sciences, Mandelbrot nous rappelle quelques éléments : les travaux de Robert Brown (1773-1850) sur le « mouvement brownien » datent de 1827 – en fait c’est plus ancien qu’on ne l’imagine généralement. On sait que Jean Perrin (1870-1942, prix Nobel de physique 1922) travaille sur le mouvement brownien à la suite d’Einstein – Mandelbrot nous rappelle l’importance de la préface du livre de Perrin, Les Atomes (1913) (toujours dans cette même bibliothèque Flammarion), préface injustement méconnue selon lui – et c’est vrai ! C’est Perrin (et non Mandelbrot) qui introduit la mesure de la côte de la Bretagne – et Mandelbrot enfonce le clou : la géométrie fractale est bien une geos- metrios-, une mesure de la terre.

BrownianMotion.png

Que Mandelbrot rende à César (Perrin) ce qui lui appartient (et que pourtant on attribue généralement à Mandelbrot), montre son honnêteté intellectuelle. Ce que nous confirme Wendelin Werner (médaille Fields) dans sa conférence à l’X : quand (plus) jeune mathématicien il allait voir Mandelbrot pour discuter certaines des idées de BM, ce dernier distinguait toujours ce qu’il avait intuité lui, de ce qui relevait de l’intution d’autrui, par exemple de Werner. Il laissait ainsi libre cours à l’imagination et à la créativité mathématique de ses élèves ; d’autres se seraient empressés d’agréger l’une à l’autre. Bel hommage.

  http://www.pourlascience.fr/e_img/boutique/mandelbrot-menge_farbig.png

Autre bel hommage de Werner : quand il était petit, il admirait les couvertures (et les contenus) consacrées aux fractales par le magazine Pour la Science – hommage aussi à Philippe Boulanger, créateur de ce magazine en France, et membre du comité d’organisation du colloque de l’X. Pour Werner, Mandelbrot faisait rêver les mathématiciens en herbe avec ses images : forme d’émerveillement aux mathématiques par la géométrie (comme d’autres ont flashé sur la physique avec les expériences du Palais de la Découverte) – des mathématiques visuelles comme les pratique encore Werner. Celui-ci a obtenu un de ses plus beaux résultats sur la base des travaux de Mandelbrot, et nous l’a expliqué dans la conférence : la dimension fractale de l’enveloppe d’un mouvement brownien plan est toujours 4/3.

 

De la conférence de W. Werner, on retiendra aussi la notion de lacet brownien (mouvement brownien plan où l’on force le point d’arrivée au point de départ), et surtout celle de marche auto-évitante (on force le mouvement à ne jamais revenir à un point sur lequel il est déjà passé). On retiendra aussi le tapis de Sierpinsky, poussière de Cantor bi-dimensionnelle (dans la poussière de Cantor, on évide le tiers central d’un segment à chaque itération ; dans le carré de Sierpinsky, on évide des carrés par découpage en 3*3 (ci-dessous).

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/67/Sierpinski_carpet_6%2C_white_on_black.svg/600px-Sierpinski_carpet_6%2C_white_on_black.svg.png

D’autres conférences étaient aussi fort intéressantes. Deux autres conférenciers (sur les quatre conférences auxquelles j’ai assisté, en sus de B. Sapoval et W. Werner) étaient mathématiciens… et polytechniciens, cela m'a fait plaisir ! Laurent Calvet (X88), professeur de finance à HEC, a rappelé la notion d’invariance d’échelle en analyse financière : sur une courbe de rendement d’actifs, qu’on regarde ses variations au niveau annuel, mensuel, ou quotidien, il y a auto-similarité (de type fractale). Stéphane Jaffard (X81), professeur à Paris XII, nous a parlé de la multifractalité. Bernard Sapoval a détaillé l’application des fractales aux poumons – voir un des premiers articles du présent blog, suite au prix du magazine La Recherche reçu par Sapoval en juin 2006.

 

J’ai oublié de parler de l’inévitable discours officiel : le représentant du ministère a cru bon de conclure (donc en y attachant une certaine importance) qu’il se plaisait à penser que Mandelbrot, de nos jours, ne serait pas parti faire sa carrière aux Etats-Unis… Je suis toujours gêné quand on fait parler les morts – et là c’était étrange, dans un colloque d’hommage, que prétendre réécrire la vie du défunt. Comme un écho à cette rodomontade, j’ai trouvé dans un article récent de Stéphane Jaffard dans l’excellent site Image des maths une phrase de W. Werner (tout se recoupe, comme un mouvement non auto-évitant) : « Si j’avais fait le lycée tel qu’il est aujourd’hui, je n’aurais probablement pas continué en mathématiques ». CQFD.

 

Revenons à l’ouvrage de Mandelbrot. L’explication de sa démarche scientifique en p.16-19 est lumineuse. BM n’a pas peur d’indiquer qu’il veut « fonder une nouvelle discipline scientifique » ; qu’il a remonté un grand nombre de « filières historiques ». Il s’est « activement cherché des prédécesseurs, plutôt que les fuir », tout en sachant que « celui qui se recherche activement des précurseurs fournit des munitions à celui qui voudrait le dénigrer ».

 

Ainsi BM rappelle que « le concept de dimension fractale fait partie d’une certaine mathématique qui a été créée entre 1875 et 1925 ». Il cite, on l’a vu, le physicien Jean Perrin, et aussi les mathématiciens Paul Lévy et Louis Bachelier. BM considère Paul Lévy (X1904) comme « son maître », le premier à extraire les probabilités de la condescendance amusée des mathématiciens de l’analyse – j’avais essayé de mettre en valeur cette figure dans une conférence à Bercy lors du bicentenaire du Corps des mines en octobre 2010 (ici, cliquer Colloques historiques, puis mines ; ce site de Bercy est curieusement fait). Concernant Louis Bachelier, Mandelbrot fut un des premiers à tirer de l’oubli ce précurseur, « un personnage presque romantique », le premier utilisateur du mouvement brownien dans les probabilités financières dans sa thèse de 1900. Il rappelle aussi comment les fractales (notamment le flocon de Koch 1903) font leur apparition dans le cadre des « monstruosités mathématiques », les courbes continues partout et dérivables nulle part – BM cite le mathématicien Charles Hermite (1822-1901) qui « se détourne avec effroi et horreur de cette plaie lamentable des fonctions qui n’ont pas de dérivée ».

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a8/Paul_Pierre_Levy_1886-1971.jpg

Paul Lévy

En vrac, pour terminer, on trouvera dans le livre de BM, avec forces schémas (Werner disait que les schémas informatiques de Mandelbrot en 1975 restent meilleurs que ceux que lui obtient maintenant sur son ordinateur !) : la courbe de Peano, fractale un peu spéciale car elle a des points doubles (et même une infinité) ; la poussière de Cantor ; l’escalier du diable ; la distribution fractale des galaxies et une résolution possible du paradoxe d’Olbers (ou paradoxe de la nuit noire) ; les îles fractales de dimension 1,3 environ ; la géométrie des turbulences en hydraulique, et celle des savons. Aussi un chapitre XIII sur les néologismes français qu’il crée (fractale, où il explique le féminin, le masculin, le pluriel « comme navals »), ou qu’il exhume (voir le savoureux article sur l'expression d'ancien français à randon, au hasard, qui reste en français avec randonnée, marche au hasard, mais qui est passée en franglais avec l’affreux random).

 

Bref, cher Benoît, tu m’autoriseras ce tutoiement polytechnicien, tu nous traces un chemin passionnant dans l'histoire des sciences, Brown - Cantor - von Koch - Bachelier -  Paul Lévy -  Jean Perrin -  Mandelbrot - Sapoval - Werner et de nombreux autres, tes élèves. Tu nous feras encore rêver longtemps avec ta « nouvelle discipline », ta démarche scientifique et ton érudition historique…

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Livres de sciences/sites internet/manifestations - Communauté : Les amis des maths
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Mercredi 12 janvier 2011 3 12 /01 /Jan /2011 20:21

Le premier ouvrage issu de BibNum est paru lundi 10 janvier 2011 aux éditions Cassini : Regards sur les textes fondateurs de la science - Volume 1, de l'écriture au calcul - théorie des nombres.

CouvertureCassini.JPG

(4° de couverture, image)

 

Il se compose de deux parties, avec les auteurs suivants :

  • Alexandre Moatti, Introduction.

Première partie, De l'écriture au calcul

  • Benoît Rittaud, "A un mathématicien inconnu !"
  • André Warusfel, "Le Livre Premier de La Géométrie de Descartes"
  • Jacques Bair et Valérie Henry, "Les infiniments petits selon Fermat : les prémisses de la notion de dérivée"
  • Olivier Keller, "Le calcul différentiel de Leibniz appliqué à la chaînette"
  • Daniel Temam, "La pascaline, la machine qui « relève du défaut de la mémoire»"
  • Yves Serra, "La machine arithmétique de Leibniz"
  • Christian Gérini, "La représentation géométrique des nombres imaginaires par Argand"
  • Caroline Ehrhardt, "Le mémoire d'Evariste Galois sur les conditions de résolubilité des équations par radicaux"
  • Roger Mansuy, "André-Louis Cholesky, « Sur la résolution numérique des systèmes d’équations linéaires »"

Deuxième partie, Théorie des nombres

  • Alain Juhel, "Lambert et l’irrationalité de π"
  • Norbert Verdier, "L’irrationalité de e par Janot de Stainville, Liouville et quelques autres"
  • Michel Mendès France, "Liouville, le découvreur des nombres transcendants"
  • Michel Waldschmidt, "La méthode de Charles Hermite en théorie des nombres transcendants"
  • Patrick Dehornoy, "Cantor et les infinis"

 

Prix du livre : 10€ (disponible en commande chez votre libraire, en rayon des  librairies scientifiques, en ligne chez Amazon, FNAC) (259 pages)

 

Public visé : étudiants en sciences ou en histoire des sciences, professeurs du 2° cycle du secondaire ou du supérieur, amateurs d'histoire des sciences. Niveau mathématique Terminale scientifique.

Par Alexandre Moatti - Publié dans : Livres de sciences/sites internet/manifestations - Communauté : Les amis des maths
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Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /Sep /2009 14:18

Mardi 15 septembre a eu lieu un événement scientifique important dont vous n'entendrez pas parler dans vos gazettes, bien que cela eût pu faire l'objet d'un reportage au JT de France 2 ! C'était, au Palais de la Découverte, le soir, la finale européenne de EUCYS European Union Contest for Young Scientists. Ce prix, lancé par la Commission Européenne, existe depuis vingt ans et, pour la première fois, avait lieu en France, de samedi 12 à mardi 15 septembre.

150 jeunes de 14 à 20 ans, amateurs de science, et venant d'une trentaine de pays ! Répartis en équipes de 1 à 3 issues de concours nationaux (en France c'est le concours C.Génial, ouvert chaque année aux lycées et collèges, qui assure la sélection pour EUCYS).

 

L'équipe turque (Betsi Levi 15 ans & Reysi Rodikli 16 ans), titulaire du prix Total pour un projet sur la géothermie.


Quelques échantillons du palmarès de la finale de mardi 15 septembre, en vrac, pour vous en donner une idée de son caractère européen. Les premiers prix sont allés à deux Irlandais, deux Polonais et un Suisse… à noter que ce dernier, Fabien Gafner – un "savant" solitaire mais talentueux – a emporté deux autres prix, dont le prix EADS, pour son prototype d'avion avec marche arrière. L'équipe française de l'institut Fénelon à Grasse (Alpes-Maritimes), a obtenu le second prix de l'Union européenne, avec son projet "Capter un clin d'œil cosmique" (détection d'exoplanètes par la méthode du transit, PDF). Le prix EDF est allé une équipe lituanienne, le prix Total à deux jeunes filles turques (photo). Le prix de la région Ile-de-France est allé à une équipe tchèque.  L'autre équipe française, du lycée Raymond Naves à Toulouse, a gagné avec son projet "La danse des ferrofluides" le prix du CEA.


Claudie Haigneré, présidente du Palais de la Découverte, en remettant les prix, a dévoilé le nom de projet du futur ensemble Palais de la Découverte – Cité des sciences : c'est M21, comme "le musée du 21e siècle". Enfin, Pierre Encrenaz, membre de l'académie des sciences, président de Sciences à l'École, organisateur en France du concours EUCYS, a conclu en donnant rendez-vous à tous à EUCYS Paris dans vingt ans, et en passant la flamme du concours pour 2010 au Portugal …


Par Alexandre Moatti - Publié dans : Livres de sciences/sites internet/manifestations - Communauté : Science
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Mardi 4 août 2009 2 04 /08 /Août /2009 11:45
Je suis en train de travailler sur un article de l'astronome Bernard Lyot pour le site BibNum, et j'ai trouvé un lien remarquable vers une vidéo de 1953 en hommage à Bernard Lyot, intitulée "Flammes du Soleil", montrant l'observation des protubérances solaires grâce au "coronographe" de Lyot.
Ce documentaire scientifique se trouve sur le site du CERIMES : c'est justement l'organisme qui produit Science.gouv et BibNum (j'assure la direction de publication de ces deux sites), et qui dans les années 1950 (c'est l'ancien SFRS service du film de la recherche scientifique) produisait de tels films - belle continuité dans la diffusion de la culture scientifique sur plus de cinquante ans.
Vous apprécierez je pense les "r" catalans du commentateur l'astronome Paul Couderc (la prrrotubérance trrroublée dégage des prrrojectiles...)
Par Alexandre Moatti - Publié dans : Livres de sciences/sites internet/manifestations - Communauté : Science
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Samedi 20 juin 2009 6 20 /06 /Juin /2009 17:11
Je signale peu de manifestations scientifiques dans ce blog (qui n'est pas fait pour cela), mais mérite d'être signalée une conférence de Pierre Cartier mardi 30 juin à 16h30 à l'IHÉS (Institut des Hautes études scientifiques) de Bures/Yvette (Essonne) à propos du mathématicien André Weil (1906-1998), en présence de la fille de ce dernier qui parlera aussi de sa tante Simone Weil (1909-1943). La conférence à deux voix sera suivie d'un concert de l'ensemble vocal Tutte Voci. Une occasion à saisir pour ceux qui habitent ou travaillent dans le sud de Paris et peuvent se libérer ce jour (ci- dessous André Weil en 1956).
(annonce PDF de la conférence, merci à C. Alunni de l'ENS de nous l'avoir signalée)
Par Alexandre Moatti - Publié dans : Livres de sciences/sites internet/manifestations - Communauté : Mathématiques
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Nouveau!! Octobre 2010

RécréationsMathéphysiques

Mon dernier ouvrage est sorti le 14 octobre 2010 : Récréations mathéphysiques (éditions Le Pommier) (détails sur ce blog)

Einstein, un siècle contre lui

J'ai aussi un thème de recherche, l'alterscience, faisant l'objet d'un cours que j'ai professé à l'EHESS en 2008-2009 et 2009-2010. Il était en partie fondé sur mon second livre, "Einstein, un siècle contre lui", Odile Jacob, octobre 2007, livre d'histoire des sciences (voir billet sur ce blog, et notamment ses savoureux commentaires).

Einstein, un siècle contre lui

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