Les indispensables mathématiques et physiques
Une récente passe d’armes entre deux chercheurs dans le journal Le Monde m’a amusé :
- d’un côté "Sans relativité, pas de GPS" (Le
Monde du 4-5 novembre), une longue tribune d’un chercheur, qui contient une erreur et une conclusion rapide (la suppression de l’ANR !).
- de l’autre côté "Attention, trous noirs" (Le Monde
du 8 novembre), une mise au point fort judicieuse d’un autre chercheur, témoignant d’une « synergie vitale entre notre recherche académique et notre industrie ».
La première tribune, à travers un bout de phrase, montre une réflexion approximative et doctrinaire : « Les astronomes veulent comprendre l'Univers et les étoiles et, ce faisant,
élargissent lentement le terrain de jeu des ingénieurs. Pas l'inverse. ». Ce à quoi l'autre tribune répond à juste titre « Il serait très facile de dresser une longue liste
d’inventions où des ingénieurs ont élargi le terrain des astronomes, et pas l’inverse ».
[Einstein se guidant sur son vélo avec son GPS]
A cet égard, l’exemple choisi par le premier chercheur est intéressant : les relativités restreinte et générale sont à la base du GPS (page 167 de mon premier livre, page 50 de mon second livre). Certes. Mais le deuxième chercheur nous rappelle ô combien justement que le GPS est mis au point par un ingénieur dans une société américaine, et que bien évidemment ce sont les allers-retours entre science et technologie qui sont intéressants : depuis la seconde guerre mondiale, la technologie aide la recherche fondamentale (comme on sait que la science aide la technologie) ; justement c’est la conquête de l’espace (technologie & industrie) qui a permis des avancées dans la science fondamentale (et notamment la vérification de la relativité !).
Comme je le disais dans mon article des Annales de Mines en mai dernier : « Car c’est une des caractéristiques du XX°e siècle –que d’avoir ainsi aboli les barrières entre les sciences fondamentales et leur utilisation dans les technologies. Opposer, au XXI° siècle, de manière tranchée et parfois doctrinaire, science fondamentale et technologie, en physique (mais aussi en mathématiques) reviendrait à faire un contresens sur la spécificité de la révolution scientifique du XX° siècle, et risquerait de contribuer à induire le grand public en erreur sur la nature même de la science, à l’heure actuelle. »
P. Veltz, dans son livre, rappelait aussi l’importance toujours plus grande de la science fondamentale dans les entreprises d’aujourd’hui (voir billet sur ce blog).
Ce que n’a sans doute pas perçu le premier chercheur, à qui l’on peut conseiller de sortir l’œil de son télescope, et plus généralement de sortir de son laboratoire, pour comprendre ce qu’est le monde industriel et technologique aujourd’hui ! Merci au second chercheur (V. Berger) d’avoir dans ce débat remis les pendules (relativistes bien sûr !) à l’heure.
A.M.
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre ouvrage "Les indispensables mathématiques et physiques pour tous". Je tenais simplement à vous faire part de deux remarques :
1) sur le problème des trois portes : pour expliquer la pertinence de la méthode consistant à ne jamais conserver son premier choix, ne serait-il pas utile de compléter les explications données pages 102 et 103 en indiquant que l'élimination systématique de la 1er porte désignée par le joueur revient à rejeter une mauvaise porte avec une probabilité de 2/3 ; sachant qu'il y a deux mauvaises portes en tout, il reste donc en terme d'espérance mathématique 4/3 (2-2/3) de mauvaises portes ; comme une mauvaise porte est ensuite désignée par le jeu, il ne reste plus que 1/3 (4/3-1) de mauvaise porte sur le seul choix restant ; le joueur a donc bien 2/3 de chance de suivie s'il change systématiquement son choix initial.
2) sur le paradoxe des dates d'anniversaires communes : la formule de calcul présentée en page 100 n'est pas calculable avec une machine scientifique classique (365! est très au-dessus des capacités machine -69! sur ma calculatrice-) ; ce problème est levé par la formule P=1-(364/365)^(n(n+1)/2) qui donne les mêmes résultats (n=23 pour P>0,5). Elle découle simplement de la formule développée P=1-((364/365)^(n-1)x(364/365)^(n-2)x...x(364/365)^(1)).
Bien à vous
Jean-Christophe Arnaud
Sur votre point 1), je ne suis pas sûr que l'explication que vous proposez soit plus simple que celle que je donne ; par ailleurs parler de 2/3 de porte(s) choque ma syntaxe.
Sur votre point 2), vous avez raison quand vous dites que 365! n'est pas calculable ; mais, comme souvent en combinatoire, la formule des dates d'anniversaires n'exige pas le calcul de 365!, mais d'un rapport 365!/(365-n)!, c'est à dire une fois qu'on a simplifié la fraction, reste un produit de n termes qui reste tout à fait calculable pour un nombre raisonnable n de personnes. Je réfélchis par ailleurs à votre autre formule.
A.M.
Cher Monsieur Foellmi, vous semblez mesurer la qualité de votre article au nombre de commentaires positifs sur le site Sauvons La Recherche, avec 48 commentaires au total. Convenez avec moi que la statistique est un peu étriquée.
Sur la forme, votre article relu (même dans son format complet), et le ton de votre commentaire ci-dessus sur mon blog, me laissent penser que c'est plutôt vous le donneur de leçons.
Sur le fond (plus important), je continue à penser qu'opposer frontalement, comme vous le faites, science fondamentale et technologie ne correspond pas à la réalité de la science aujourd'hui, cent ans après la révolution de la physique. C'est une opinion étayée (cf. mon article), pas une leçon.
A. Moatti
Si c'est dans mon blog, c'est parce que j'ai une rubrique dédiée à cet effet (intitulée "enseignement des sciences-recherche"), où en tant que citoyen impliqué personnellement et professionnellement sur le sujet, je donne mes réactions.
Et je confirme que le premier texte, à supposer qu'il participe d'une quelconque démarche de vulgarisation, donne à mon sens, dans son ensemble, une image erronnée de la science d'aujourd'hui.
A.M.
Il est à mon sens impossible de lire M. Foellmi sans prendre en compte un contexte particulièrement défavorable à la recherche scientifique publique, dont on sait qu'elle abrite la plupart des thèmes de recherche fondamentale.
D'autre part, V Berger -que je connais-, a une vision plus sciences appliquées, de part un parcours professionnel admirable dans l'industrie (Thalès). Que chacun défende sa vision me parait très sain, à condition de se rappeller qu'aucun n'a entièrement tort, et que l'Etat, dans son financement, ne doit privilégier aucun parti, au risque de voir la science française prendre du retard et dans ses développements fondamentaux, et dans ses applications pratiques.
Merci pour ce billet. En effet les querelles de chapelle sont inutiles.
Essayer de savoir qui est le plus important entre l'ingénieur et le chercheur est aussi futile que de savoir si c'est l'oeuf ou la poule qui à colonisé le poulailler !
Merci pour cette analyse critique qui fait si souvent défaut !
(Au passage, un exemple d'association fondamentale/technologique : La cryptographie quantique !)