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CouvPocheIndispensables
J'ai créé ce blog lors de la sortie de mon livre "Les Indispensables mathématiques et physiques pour tous", Odile Jacob, avril 2006 ; livre republié en poche en octobre 2011 (achat en ligne) (sommaire du livre).
Je développe dans ce blog des notions de mathématiques et de physique à destination du plus large public possible, en essayant de susciter questions et discussion: n'hésitez pas à laisser vos commentaires!

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Indispensables astronomiques

Nouveauté octobre 2013, mon livre "Les Indispensables astronomiques et astrophysiques pour tous" est sorti en poche, 9,5€ (éditions Odile Jacob, éidtion originale 2009). Comme mon premier livre (Les Indispensables mathématiques et physiques), c'est un livre de notions de base illustrées avec des exemples concrets, s'appuyant sur les mathématiques (géométrie notamment) pour l'astronomie, et sur la physique pour l'astrophysique. Je recommande vivement sa lecture.

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 17:49

Depuis mes deux jours à Fécamp (billet précédent), je continue mon investigation sur les éoliennes – certains commentaires allaient un peu loin, mais d’autres étaient fort intéressants techniquement. Voici les questions que je me suis posées et que je vous fais partager, avec quelques URLs de vérification. Notamment : quelle est la puissance effectivement mobilisée annuellement en MWh d’une éolienne (et non sa puissance nominale en MW) ? en quoi un projet éolien maritime se distingue-t-il d’une réalisation éolienne terrestre ?

 

Prenons l’exemple concret de Fécamp (un site terrestre existant, cf. ma photo + un site marin à venir, parmi les 4-5 sites de l’appel d’offres). Voici une fiche sommaire des 5 éoliennes terrestres de Fécamp (site Windpower): la puissance nominale de chaque éolienne est de 1 MW, donc au total 5 MW ; la production délivrée (si l’on en croit Windpower) est de 11 GWh annuels – c'est-à-dire qu’elles fonctionnent au nominal en équivalent 2200 heures annuelles (rendement effectif de 25% puisqu’une année comporte 8760 heures).

 

Le projet maritime est prévu avec des éoliennes beaucoup plus puissantes : 6MW – on peut prévoir un rendement meilleur (dû non à la puissance mais à la situation en mer), d’environ 40 à 45%. Les chiffres de rendement proviennent à la fois du commentaire de qivitoq sur mon précédent billet (nous l’en remercions), de la référence Wikipédia [en] qu’il donne et d’une source de haut niveau chez EDF-EN. Ce parc maritime fournira donc 6 * 83 éoliennes * 8760 * 0,45 = 1963 GWh.

 

Je fais la comparaison avec Cattenom (bien que cela déplaise à certains de mes commentateurs virulents – alors que justement je connais peu l’éolien et essaie de comprendre) : la centrale a une puissance nominale de 5200 MW et une production effective de 35 TWh, soit un rendement de 77% (ce qui recoupe les chiffres de rendement du nucléaire, de l’ordre de 80%). Au passage je réactualise mon chiffre précédent, en faveur du nucléaire : Cattenom équivaut à 18 champs maritimes type Fécamp, soit environ 1500 éoliennes dernier cri (et non 10 et 870 comme j’avais précédemment écrit).

Panneaux

Du point de l'information publique, je suis étonné que les panneaux (plage de Fécamp, photo) ne mentionnent que la puissance installée (MW), et non la puissance produite annuellement (MWh). Je lis « le parc de Fécamp avec une puissance de 498 MW permettra d’approvisionner l’équivalent de 10% de la consommation annuelle de la Haute-Normandie (ou 750 000 habitants) ». Si l’on doit appliquer le taux de rendement, ce pourcentage tombe à 4,5%. Par ailleurs la référence aux habitants m’inquiète : s’agirait-il uniquement de la consommation domestique, sans prendre en compte la consommation industrielle ? Je n’ai pas réponse à cette question.

 

Du point de vue scientifique et technique, j’ai essayé de comprendre pourquoi ce rendement de 25 à 45% dans l’éolien. C’est lié à « la courbe de puissance » - voir le remarquable WikiEolienne (rien à voir avec Wikipédia) :

courbe puissance eolienne

On doit donner une puissance nominale à vitesse de vent donnée : sur cette courbe, cette éolienne a une puissance nominale de 750 kW à vitesse de vent de 15 m/s. On voit se dessiner sur cette courbe les raisons du rendement de 25 à 45% :

1°) de 0 à 5 m/s l’éolienne ne se déclenche pas : le vent est trop faible pour mouvoir les éléments (pales de 25 à 70 mètres, mais aussi rotor, etc.)

2°) de 5 à 15 m/s elle tourne mais pas à puissance nominale.

3°) de 15 à 25 m/s elle fonctionne à puissance nominale.

4°) au-dessus de 25 m/s on doit arrêter l’éolienne le vent étant trop violent.

Donc quand on parle (chiffre ci-dessus) de 2200 heures annuelles (soit 25% de l’année), cela ne signifie pas qu’elle tourne un quart du temps : elle fonctionne plus que cela – c’est un « équivalent 2200 heures ».

 

Quelques éléments techniques intéressants encore. L’éolienne terrestre (Fécamp) a un diamètre de 52 mètres. L’éolienne marine (Fécamp) aura un diamètre de 160 mètres. Le site Portail-Eolien donne une loi empirique légérement au-dessus du carré du diamètre. Cela recoupe à peu près les chiffres ci-dessus (1MW pour 50 mètres, 6MW pour 150 mètres).

 

D’autres chiffres de comparaison entre les deux parcs méritent investigation : distance moyenne entre éoliennes environ 4 fois le diamètre en terrestre (soit 200 mètres – j’aurais dit un peu moins sur la falaise, mais les distances sont toujours difficiles à évaluer à l’œil nu) et environ 4 à 8 fois le diamètre en marin – l’information en plage de Fécamp parle de distance inter-éoliennes de 1km (chiffre recoupé par un document de la Commission du débat public : toutes les distances inter-éoliennes des parcs marins sont entre 800 et 1000 m). Pourquoi cette différence ? C’est dû à la prise de vent et à « l’effet de sillage » - comme un voilier qui prend le vent à un autre dans une course. Aussi : le terrestre est généralement en une dimension (un linéaire sur une ligne de crête), alors que la marin est en deux dimensions (un carré). Peut-être un autre billet à prévoir, car l’éolienne recèle plein de sujets passionnants de mécanique des fluides : extrados, portance, etc.

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 07:12

Qu'il y ait un son de mâtines dans mathématiques ne m'avait jamais frappé... Qui dit matinal (certains disent matutinal pour faire lettré) dit... gymnastique matinale. Et justement, pourquoi pas un peu de gymnastique mathématinale : réfléchir mentalement pendant qu'on fait ses abdos ? Où est le blog qui proposerait un exercice de gym-math chaque matin ? Je ne m'y engage pas mais vous donne un petit exercice mental en ce matin de rentrée :

 

Classez entre 0 et 1 les fractions de type p/q , avec p < q et q < 10 par exemple, càd toutes les fractions 1/9, 2/9, etc, 1/8, etc., 1/7, 2/7, etc. D'abord commencer à se demander combien il y en a à classer.

NB : ceux qui ne veulent pas commencer avec q inférieur ou égal à 9 peuvent commencer avec q inférieur ou égal à 5...

 

Gymnastics_brokenchopstick.jpg

Image WikiCommons auteur brokenchopstick (çà ne s'invente pas)

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 13:39

Il est un argument que je ne vois jamais (mais mea culpa sans doute) dans les débats sur le nucléaire : c’est celui de l’emprise au sol. Quelle surface de paysages altère-t-on par des éoliennes, comparé à une centrale nucléaire ? Je suis ce jour à Fécamp, où déjà quatre à cinq éoliennes sont au droit des fameuses falaises de craie (photo), et où un des quatre à cinq projets d‘éolien offshore (appel d’offres gouvernemental de 2011) verra le jour d’ici 2015 (83 éoliennes de 6MW chacune, superficie au large de 75 km²). J’ai essayé de comparer les superficies, à puissance donnée.

 Eoliennes-Fecamp-nord.JPG

Fécamp , cap Fagnet (photo A. Moatti)


Une réacteur nucléaire produit en moyenne 1300MW – une centrale nucléaire peut comprendre plusieurs réacteurs : la centrale de Cattenom (Moselle) en a 4, avec une puissance nominale de 5200 MW. Elle équivaut à 870 éoliennes dernier cri, ou à une dizaine de parc éoliens offshore : chacun verra midi à sa porte – les antinucléaires diront qu’il n’est pas si élevé que cela. Quand même, un petit millier d’éoliennes, ce n’est pas rien du point de vue de l’emprise au sol.

 

La centrale de Cattenom occupe 415 hectares soit environ 4 km². Un parc éolien offshore occupe 75 km². Si l’on rapporte à la superficie : une centrale a une puissance de 1300MW au km², un parc éolien une puissance de 4,3MW au km². Le propos n’est pas anecdotique, concernant la préservation des campagnes et des paysages, si l'on s'intéresse à une forme de décroissance en termes de constructions permanentes. Il est aussi scientifique : c’est parce qu’on a découvert la force nucléaire (force d’interaction forte), si importante dans un si petit volume (le volume intra-atomique), que l’on peut produire de l’énergie nucléaire sur une petite superficie.

 

Après tout, on parle bien de fermes éoliennes : pourquoi ne calculerait-on pas leur rendement à l'hectare ?

 

(lire mon billet suivant sur le même sujet)

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 08:08

Un jeu ramené par ma fille d'un stage de BAFA (Brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur) :

 

Comment faire 24 avec 1,3,4,6 en utilisant une fois chacun de ces chiffres (et une seule fois), et en se limitant aux quatre signes d'opération (pas de mise à la puissance) ?

 

Un jeu très connu vous trouverez la solution sans peine sur Internet mais pas mal pour réfléchir à la plage.

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 06:39

Je poursuis mon initiation à la théorie de l'évolution (et à la biologie en général) et vous propose de la suivre avec moi. La lecture récente de "L'Évolution des espèces" (Jean Rostand 1932) donne deux exemples de différences entre Darwin et Lamarck. L'exemple de la girafe est maintes fois donné mais est expliqué succinctement par Rostand - l'autre exemple, celui de la taupe, que je ne connaissais pas, est intéressant. Citons Rostand :


La taupe, disait Lamarck, a perdu ses yeux sous l'influence de l'obscurité souterraine, qui les privait d'emploi. Pour Darwin, lesyeux se sont réduits peu à peu parce qu'à chaque génération la sélection naturelle n'a retenu que les yeux se trouvaient, de par leur petitesse fortuite [c'est nous qui soulignons], le moins sujets à l'irritation oculaire.


Imagette-copie-1.jpg


La girafe, disait Lamarck [c'est toujours Rostand qui parle] a allongé son cou par l'effort continuel vers les hautes branches. Pour Darwin, le cou de la girafe s'est allongé peu à peu parce qu'à chaque génération la sélection naturelle a retenu les girafes qui, ayant fortuitement le cou un peu plus long, pouvaient brouter un peu plus haut.


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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 05:17

J'ai décidé de me lâcher sur la sociologie des sciences. Je ne suis pas le seul à ne pas goûter à sa juste valeur cette discipline. Je voulais vous donner un petit exemple amusant, à la Sokal . Il est issu de ce qui se présente comme un véritable manuel universitaire de sociologie des sciences (je ne donnerai pas le nom de l'auteur), en format "manuel" avec une bibliographie et des "exercices" à la fin de chaque chapitre. En voici un parmi d'autres, je vous le laisse faire (page 134 du manuel) :

 

 

Évaluer l’extension d’une conviction scientifique, par exemple celle selon laquelle « U = R.I ». Parcourir différents espaces sociaux et voir jusqu’où s’étend cette croyance et si elle est la même partout : voir ainsi des physiciens fondamentalistes, des ingénieurs d’EDF, des électriciens de quartiers et des lycéens.

 

Texto. No comment. Si, un : j’aime bien l’épithète fondamentalistes qui accentue la métaphore religieuse.
Ohm(image WikiCommons, auteur pulsar pour la partie centrale, adaptée par moi)

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 07:31

Ce n'est pas l'explorateur Jacques Cartier, ni même le mathématicien Pierre (né en 1932) l'auteur de cette formule. C'est celle de la Fondation Cartier (nommée d'après le joaillier Louis Cartier 1875-1942) et de son exposition de mathématiques, déjà évoquée dans ce blog. Je vous donne cette formule :

Formule-de-Cartier-copie-1.JPG

 

Oui, vous avez déjà trouvé de tête, bravo !, , çà donne 6 ! + 36² - 5 = 720 + 1296 - 5 = 2011. C'était une des "attractions" de l'exposition : trouver 2011 en utilisant des opérateurs mathématiques sur des chiffres qui se suivent, à partir de 1 (la formule fait intervenir dans l'ordre 1, 2, 3, etc.), et ce bien évidemment en le moins de chiffres possible.

 

Ceci se faisait non sur un tableau noir avec une craie (les maths à l'ancienne) mais sur un tableau électronique : celui-ci vous disait quand vous trichiez (mettre deux chiffres non successifs) - il enregistrait aussi les "meilleures formules" (comme au flipper les meilleurs scores).

 

Je défie quiconque, debout, sans calculette, avec des gens regardant derrière, de trouver in situ dans des délais raisonnables cette magnifique formule. D'ailleurs les "meilleures formules" enregistrées étaient toujours des variations autour de celle-ci, avec des parenthèses et des crochets en plus... ce que ne détectait pas cette idiote de machine. J'avais moi-même péniblement trouvé, avec mon fils, une formule montant jusqu'à 12, que je ne me rappelle plus et qui n'a pas d'intérêt, vu celle-là !

 

Mais une fois qu'on voit la formule, on peut la commenter. Ce que nous allons faire.

 

D'abord (là c'est le mauvais joueur qui parle), le jeu ne disait pas qu'on pouvait utiliser les "doubles factorielles". Les indications mentionnaient toutefois l'opérateur factorielle.Du coup, je pense qu'on peut utiliser les doubles exponetiations (ce qui peut être utile pour les très grands nombres).

 

Ensuite, je me demandai pourquoi ce n'était pas 2012 qu'il fallait trouver (ceci dit l'exposition avait commencé en 2011). Eh bien parce que c'est nettement moins élégant (au sens... mathématique) pour 2012. Sauf si un lecteur du blog trouve une formule meilleure, la sule que je vois est de poursuivre la formule ci-dessus en retranchant 6 et en ajoûtant 7... Ce qui montre au passage qu'on peut virtuellement construire tout nombre ainsi, avec cette formule (assez élégante dans sa graphie, mais pas dans sa longueur - écrivez-la pour 2011 ou 2012 si vous y tenez) :

 

1 - 2 + 3 - 4 + 5 -  ...

 

Mais c'est le premier terme de la formule ci-avant qui attire l'attention, (1+2)!!. Je pense que c'est le plus grand nombre (720) qu'on peut atteindre avec 1 & 2. Car le seul moyen d'utiliser rentablement 1, c'est par l'addition : en multiplication, puissance, factorielle, il ne "vaut" rien.

 

Si l'on y met 3, on obtient (1+2+3)!! soit 720 ! (factorielle de 720), nombre qui dépasse déjà l'entendement ; ou si l'on écrit sans la double factorielle (1+2+3)!, on obtient le même résultat que pour (1+2)!! mais en ayant "gâché" le chiffre 3. Le (1+2)!3 est toutefois à retenir, donnant 216, et nous mettant au départ dans des gammes de nombres plus petits - mais qu'on peut rattraper par la suite avec des 45, etc. Ce n'est pas parce qu'on démarre par un plus petit nombre qu'on ne peut pas passer la vitesse supérieure après...

 

Bref, ce jeu est assez amusant, même a posteriori.

 


PS : Le jeu que je vous propose, en commentaires, est plus simple : vous contruisez vous-même une formule de Cartier que vous jugez "esthétique" (en utilisant des nombres successifs - NB: pour la graphie d'exponentiation, on peut utiliser ^), et vous la faites deviner en commentaires ! Attention pas sérieux s'abstenir : vous nous faites réfléchir sur un vrai résultat (pas du bidon) - pour preuve vous donnez la réponse deux jours après...

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 10:03

(ajoût 2013 : j'ai consacré le chapitre XVI de mon livre Alterscience à "Lyndon LaRouche et le technofascisme")

 

J'avais été amené à m'intéresser à Cheminade et à LaRouche dans le cadre de mon ouvrage Einstein, un siècle contre lui (2007) (chapitre XX) et dans le cadre de mon séminaire EHESS (2008-2010) sur l'alterscience. Il y a chez LaRouche une instrumentalisation de la science et de l'histoire des sciences au profit de son idéologie. Par exemple, LaRouche et sa revue de sciences Fusion veulent "réouvrir un débat sur la pauvreté des découvertes scientifiques au XX° siècle".Je donne d'autres exemples dans mon ouvrage.

 Lyndon_LaRouche.jpg

Lyndon LaRouche (né en 1922) (WikiCommons)


Le larouchisme (et ses diverses déclinaisons, comme S&P de Cheminade en France) est une idéologie violemment anti-écologiste prônant une croissance sans entraves de l'humanité grâce à la science et à la technologie − certains commentateurs américains (Dennis King) l'ont baptisé "technofascisme". Mais on ne peut parler de l'instrumentalisation de la science par LaRouche sans comprendre son intrication avec l'ensemble de la pensée larouchiste.

 

À la faveur de la campagne électorale, Cheminade se retrouve sous les feux de la rampe pour trois semaines encore. À la demande pressante de mes amis, notamment du Café des Sciences (qui font dans un blog du Monde,  Votons pour la science, une présentation des programmes science & recherrche des différents candidats), je me suis repenché sur son site Solidarité et Progrès et vous propose un décryptage de certains articles, dans le cadre du magma étonnamment cohérent de la pensée larouchiste.

 


Ce samedi, j'ai regardé sur le site Cheminade  l'article de Laurence Hecht "Science contre génocide : ce que le Climategate n'a pas révélé". On retrouve le larouchisme bien évidemment parmi les mouvements américains qui nient le caractère anthropique du réchauffement climatique, ceux que Naomi Oreskes, professeur à l'université de San Diego, a qualifiés de "marchands de doute". Nous allons procéder en mode citations, avec les commentaires en-dessous.

 

Extraits 1

l’aspect le plus criminel de la fraude du réchauffement climatique c’est qu’elle promeut un génocide pire que celui d’Hitler [...] combattre les intentions génocidaires des promoteurs du réchauffement climatique.

On retrouve la propension larouchiste à invoquer le terme génocide à tout propos : c'est , ici, le génocide de l'humanité (décroissance de la population) prétendument préparé par l'écologisme. Et, comme l'indique le titre seule la Science serait à même de s'opposer à ce génocide... La référence à Hitler est aussi très fréquente : ainsi Obama ménerait une politique à la Hitler de réduction des dépenses de santé (politique à la Hitler = eugénisme issu du darwinisme, selon les critères larouchistes) – Chemimade lui-même a repris l'idée de "triage social" en comparant Obama à Hitler.

ObamaHitler.JPG

image site Lyndon LaRouche (larouchepac.com/node/18961)


Extraits 2

L’intention explicite dans la promotion de cette imposture anti-scientifique est d’arrêter tout progrès scientifique et technologique afin de réduire drastiquement la population mondiale à moins de deux milliards de personnes, comme l’a proposé le Prince Philip, fondateur du WWF [...] l’association du Prince Philip avec le Prince Bernhard des Pays-Bas (un ancien nazi) et d’autres forces de l’oligarchie européenne pour promouvoir le WWF

La "théorie" du réchauffement climatique serait donc une imposture anti-scientifique.

Et toujours les mêmes références aux Nazis : le parallèle est fait entre l'attitude du prince Bernhard des Pays-Bas pendant la Seconde Guerre mondiale et l'ONG écologiste World Wildlife Fund WWF - ainsi associée au régime Nazi. En fait, Cheminade a eu beau minimiser sa comparaison entre Obama et Hitler, le larouchisme compare tout au nazisme. LaRouche fait partie des conspirationnistes du 11 septembre (il pense que c'est le gouvernement américain qui a organisé l'attentat contre le World Trade Center): pour lui, c'est un "Reichstag-like event", un événement analogue à l'incendie du Reichstag monté par les Nazis en 1933 (Is Fecit cui prodest | le coupable est celui à qui profite le crime).

 

Extraits 3

Vinrent ensuite l’attaque contre l’industrie chimique, puis l’accident de la centrale nucléaire de Three Miles Island, probablement un sabotage, qui fut utilisé pour empêcher l’installation de toute nouvelle centrale nucléaire sur le sol américain [...] Deux générations ont été perdues pour la science, à cause de cette attaque des environnementalistes [...] Le meilleur candidat pour fournir l’énergie aux vaisseaux d’exploration planétaire est probablement la réaction de fusion à l’hélium 3-deutérium, utilisant la ressource d’hélium 3 abondamment présente sur la surface de la Lune.


L'histoire est en permanence réexpliquée à l'aune de l'idéologie larouchiste. D'ailleurs, il y a une forte volonté d'éducation des militants (d'embrigadement ?) chez LaRouche, qui se pose souvent en théoricien de l'éducation. Sur le site S&P de Cheminade, on trouve d'ailleurs les articles de fond dans la rubrique "Se Former".

Ici, dans cet extrait, on appréciera le "probablement un sabotage" à propos de l'accident nucléaire de Three Miles Island (1979) - perpétré dans la logique larouchiste par des écologistes antinucléaires (cf. extrait suivant).

La conquête de l'espace (les vols habités) est vue comme un moyen de colonisation : rien ne doit s'opposer à l'expansion de l'humanité – et l'Homme doit pouvoir aller habiter la Lune et Mars, les coloniser. Aussi pour aller chercher le fameux hélium-3 nécessaire à l'énergie de fusion (qui donne son titre à la revue scientifique du mouvement larouchiste).

 


J'arrête là – il y aurait beaucoup à dire sur l'idéologie larouchiste  – antibritannisme virulent, "antisionisme démonologique" (P. A. Taguieff, La Foire aux Illuminés, 2005), dérive sectaire (rapport MIVILUDES au Premier Ministre, 2005), conspirationnisme, &c.
J'ai hésité à faire ce billet, mais je me suis dit que c'était une façon citoyenne de participer à la campagne électorale. Je promeus la science, mais ne souhaite pas le faire aux côtés des larouchistes.

À suivre peut-être (notamment sur l'instrumentalisation du darwinisme chez S&P).

 

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 20:55

C'est la semaine des maths. Soirée de lancement sympa ce lundi au Palais de la Découverte, avec Claudie Haigneré et Cédric Villani, et des témoignages très intéressants de jeunes femmes dynamiques utilisant les maths dans l'industrie (Sophie Personnaz de Peugeot, Florence-Anne Baugé de Dassault, Anne Guiraudou de la SNCF,...)

 

Cédric Villani a montré un jeu (connu) mais qui reste amusant.

 

Prenez un nombre de trois chiffres. Inversez les trois chiffres. Soustrayez les deux nombres (sans tenir compte des signes). Inversez les chiffres du résultat. Additionnez les deux derniers nombres. Vous obtenez X.

 

589 736 254 816
985 637 452 618
396 099 198 198
693 990 891 891
1089 1089 1089 1089

 

Vous avez compris, le résultat est toujours le même, 1089. Vous pouvez essayer de démontrer cela dans toute sa généralité (pour des nombres de trois chiffres - sauf une catégorie particulière, laquelle ?)

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 12:44

  (transcription d’une chronique faite sur Radio-Aligre, émission Recherche en cours de J.M. Galan, vendredi 25 février 2012)

 

Que penser de l’exposition de la Fondation Cartier « Mathématiques, un dépaysement soudain », à la Fondation Cartier jusqu’au dimanche 18 mars 2012 ?

 

Il y a plusieurs regards possibles, positifs ou négatifs, sur cette exposition – comme il y a plusieurs niveaux possibles d’adhésion au projet.

 

Un premier niveau, l’enthousiasme béat, du style : « C’est bien que la Fondation Cartier s’intéresse aux maths, qu’elle essaie de faire un pont entre science et culture – elle est fortement légitime, côté culture, pour ce faire ».

 

Un deuxième niveau, la critique radicale, du style : « C’est incompréhensible, même pour des amateurs de maths. C’est une élite culturelle et scientifique qui s’est fait plaisir ».

 

Curieusement, c’est plutôt le monde culturel qui est du premier avis ci-dessus (tout en ne comprenant rien à l’exposition) ; et le monde de la vulgarisation scientifique qui est du second avis.

 

Mais là où cela se complique, c’est qu’on peut très bien avoir les deux avis à la fois (c’est un peu mon cas) – on est bien dans un monde mathématique, à la Gödel, où une proposition G et sa négation (nonG) peuvent être vraies toutes deux.

 

Essayons alors d’explorer quelques opinions intermédiaires, entre G et (nonG), entre premier et second avis. Pour cela, nous avons besoin de passer du global au local, de la variété dans son ensemble (l’exposition) à chacun de ses voisinages (chaque « attraction » – car c’est bien de cela qu’il s’agit, il y a en tout une dizaine d’attractions).

 BiblioLynch.jpg

Bibliothèque Gromov - Lynch (© Fondation Cartier - Olivier Ouadah)

En entrant à gauche, dans la pièce-phare du lieu, ouverte avec ses vitrages sur le jardin, l’endroit principal pour chacune des expositions de la Fondation, figure là, complètement fermée sur elle-même, la bibliothèque de textes scientifiques choisis par Gromov et mis en scène par David Lynch. Ma première impression : il fait froid, c’est fermé sans aucune vue sur le jardin, on est debout,… Je ne reste pas trois minutes. Revenant sur mes pas, je décide de m’accrocher et y passe les quarante minutes du diaporama – un choix de textes saisissants sur la démarche scientifique, d’Euclide à Poincaré en passant par Feynman ou Pascal.

 

Un autre choc en deux temps : la fresque consacrée en bas à Poincaré (2012 est le centenaire de sa mort). Là aussi, même première réaction : trop fouillis, incompréhensible. Mais on s’accroche – et en deuxième approche cette fresque est vraiment remarquable, entre physique, mécanique, mathématiques, philosophie d’une part, inspirateurs de Poincaré comme ses successeurs, jusqu’aux travaux les plus actuels.

Frise-Poincare.jpg

Frise Poincaré  (© Fondation Cartier - Pierre-Yves Dynasquet)

À travers ces deux exemples, j’essaie de vous montrer qu’il est nécessaire de « s’accrocher », ou plutôt d’adapter son esprit à comprendre, le rendre disponible, le "tuner" sur la bonne fréquence. C’est bien cela le propre de la démarche scientifique et du raisonnement mathématique lui-même : il faut entrer dedans, puis se laisser porter par son intuition ou sa compréhension. Et c’est peut-être un des succès (imprévu, la fameuse sérendipité ?) de cette exposition que de « forcer » le visiteur à la démarche scientifique.

 

Alors bien sûr, il y a des choses plus gratuites qui ne suscitent pas cette salutaire mise en conditions : la sculpture métallique en bas, pseudosphère avec juste une équation (non expliquée – une formule brute) cachée sur la droite à l’entrée. Ou les robots en haut à droite, qui m’ont peu fait saliver du liquide encéphalique.

Robots.jpgLes robots (© Fondation Cartier - Olivier Ouadah)

 

Finalement, tout le monde a raison – j’essaie d’être consensuel ! Tel prof de maths qui écrit sur Internet qu’il n’y emmènera pas ses classes, telle auditrice du colloque qui juge l’expo « si belle et si froide », ou C. Villani qui dit au colloque de « debriefing » de l’expo à l’UNESCO [la démarche d’un colloque de bilan était assez exemplaire, et ce n’est pas la langue de bois ni l’autocongratulation qui a régné lors de ce colloque], de manière sans doute exagérée, que « toute exposition de maths à l’avenir devra se positionner par rapport à l’expo Cartier » ! Oui, tout le monde a raison. On est dans un monde gödelien.

 

Alors, allez-y, jusqu’au 18 mars. Pour vous faire votre opinion (à supposer que ce soit possible !). Et surtout pour essayer de ressentir ce moment où votre esprit se met à la même fréquence que le concepteur de l’œuvre : exactement le même sentiment qu’on a pu connaître quand plus jeune (ou non), on a eu affaire à de belles démonstrations mathématiques. Et c’est bien un des mérites de l’expo que faire revivre cette extase-là. À cet égard, Jean-Michel Albérola, un des artistes de l’expo, l’a sans doute bien résumée : l’expo est talmudique – la réponse à la question qu’elle pose est l’expo elle-même. Elle est sa propre réponse à la question qu’elle pose. Gödelien, vous dis-je.

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Mon dernier ouvrage est sorti le 14 octobre 2010 : Récréations mathéphysiques (éditions Le Pommier) (détails sur ce blog)

Einstein, un siècle contre lui

J'ai aussi un thème de recherche, l'alterscience, faisant l'objet d'un cours que j'ai professé à l'EHESS en 2008-2009 et 2009-2010. Il était en partie fondé sur mon second livre, "Einstein, un siècle contre lui", Odile Jacob, octobre 2007, livre d'histoire des sciences (voir billet sur ce blog, et notamment ses savoureux commentaires).

Einstein, un siècle contre lui